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Landschaften

June 28th, 2009

La campagne est un vaste théâtre dont les décorations changent dans toutes les saisons; le brillant spectacle de la nature y est représenté sous les couleurs les plus vives & les plus variées; tantôt elle nous offre des forêts dont l’ombre agréable nous invite au repos, des ruisseaux qui serpentent dans la plaine, de[s] riantes prairies où l’abondance coule du sein des eaux qui les arrosent. Ici mille oiseaux charment à la fois, & les oreilles & les yeux.

(Du spéctacle de la nature, p. 120)

Le feu du sentiment s’alume à ce foyer brûlant. Une volupté pure coule dans tous nos sens, & éleve en quelque façon notre corps au-dessus de sa fragile nature. Notre ame s’agrandit, & prend des traits divins. La terre disparoit à nos yeux; le ciel se découvre à nous dans tout son éclat, & nou[s] commençons dans le temps à entonner l’hymne auguste de la glorieuse éternité.

(De la nature de l’Être souverain, p. 323)

ex:
N.N. (= Chevalier de Lasne d’Aiguebelle): Testament spirituel, ou Derniers adieux d’un père mourant à ses enfans. Ouvrage posthume du Chevalier de ***
Jean Mossy, Marseille 1776

Heillos glücklich

March 18th, 2009

C’est au contraire un grand bien, dites-vous, d’être riche, d’être puissant, d’être honoré, de jouir, d’une santé parfaite. Réunissez tous ces avantages que la fortune rassemble si rarement dans une même personne: ajoûtez-y encore toutes les voluptés sensuelles & les délices qui peuvent consommer cette prétenduë félicité; mais laissez dans l’ame de cet heureux mortel, un désir inquiet d’obtenir encore un bien qu’il croit lui manquer; laisser dans son cœur du trouble, de l’agitation, de la crainte ou du dépit: une seule de toutes ces passions suffira pour déconcerter tout ce bonheur apparent. Cet heureux mortel trouvera la vie insupportable.

(Traité du faux bonheur des Gens du monde, pp. 345-346)

ex:
N.N. (= Jean-Joseph Languet de Gergy): Traité de la confiance en la misericorde de Dieu, Pour la consolation des ames, que la crainte jette dans le découragement.
Augmenté d’un Traité du faux bonheur des Gens du monde, & du vrai bonheur de la Vie Chrétienne
Septiéme Édition, revûë par l’Auteur
J.B. Garnier, Paris 1754

Inspiration

March 17th, 2009

Considerez, que la grande passion de s’enrichir des biens spirituels, est une espece de poison dans la vie interieure, car elle dérobe à l’ame sa simplicité, & sa paix: Elle y fait regner d’ordinaire une inclination sensuelle, & superbe: Et elle empesche ce précieux dégagement, qui met dans l’ame une grande capacité à l’esprit de Dieu.

(Sur la pauvreté d’esprit, Reflexion: 1., p. 444)

ex:
François Guilloré: Les progrés de la vie spirituelle selon les differens etats de l’ame
Liv. II, Instruct. II
Seconde Edition
Estienne Michallet, Paris 1676

Mal Decorum

March 16th, 2009

Un homme poli, sage & vertueux, montrera souvent moins d’esprit dans la conversation qu’un autre qui en a beaucoup moins que lui, parce qu’il se refusera tout ce qui n’est pas dans les régles de la Politesse, de la décence, de la prudence, du bon sens, & de la vertu.
Il y a bien des cas où le silence est préférable à tout ce qu’on pourroit dire de mieux.

(Suite sur la Conversation, XXII, pp. 148-149)

ex:
Nicolas-Charles-Joseph Trublet: Essais sur divers sujets de litterature et de morale, Tome quatriéme
Nouvelle Edition revue & corrigée, Paris 1762

Nichtig?

November 3rd, 2008

Dieu toutpuissant, et de l’amour, vous étes le Directeur de tous mes sorts, mon Dieu et mon père, comment pourrois-je pleurer?

(Anonyme: Prière au Dieu le plus gracieux, p. 101)

Gnadenschau

October 16th, 2008

Mais quel usage ai-je fait du temps passé de ma vie? Ai-je tâché de satisfaire au but de mon existence, ai-je agi ainsi, que je souhaiterais d’avoir agi au dernier instant de ma vie, et au point de paraître devant vous, juge toutsachant? Vaine orgueil me devait éblouir, si je le pouvais affermir! Non, j’ai souvent offensé votre majesté; j’ai souvent resisté à vos saints commandements, quoique j’aie reconnu même, qu’ils n’ont d’autre but que mon salut. Voudriez-vous me juger selon votre justice, le sort le plus malheureux serait la supplice bien méritée de mes péchés. Mais vous êtes non moins miséricordieux que juste…

(Prière au jour de naissance, pp. 106-107)

ex:
N.N.: Récueil de plusieurs prières
Georg Müllner Libraire, Vienne ca. 1800

Corrigé par moi vers l’édition imprimée:

1: Mai quel > Mais quel
2: sait > fait
3: souhaiterois > souhaiterais
4: paroître > paraître
5: devoit > devait
6: pouvois > pouvais
7: commandemens > commandements
8: seroit > serait

Gemach

October 11th, 2008

Maintenant ils étaient vieux, ils étaient tout usés, “comme de vieux meubles qui ont beaucoup servi, qui ont fait leur temps et accompli leur tâche”, et ils poussaient parfois (c’était leur coquetterie) une sorte de soupir sec, plein de résignation, de soulagement, qui ressemblait à un craquement.
Par les soirs doux de printemps, ils allaient se promener ensemble, “maintenant que la jeunesse était passée, maintenant que les passions étaient finies”, ils allaient se promener tranquillement, “prendre un peu le frais avant d’aller se coucher”, s’asseoir dans un café, passer quelques instants en bavardant.
Ils choississaient avec beaucoup de précautions un coin bien abrité (“c’est dans le courrant d’air, ni là: juste à côté des lavabos”), ils s’asseyaient - “Ah! ces vieux os, on se fait vieux. Ah! Ah!” - et ils faisaient entendre leur craquement.
La salle avait un éclat souillé et froid, les garçons circulaient trop vite, d’un air un peu brutal, indifférent, les glaces reflétaient durement des visages fripés et des yeux clignotants.
Mais ils ne demandaient rien de plus, c’était cela, ils le savaient, il ne fallait rien attendre, rien demander, c’était ainsi, il n’y avait rien de plus, c’était cela, “la vie”.
Rien d’autre, rien de plus, ici ou là, ils le savaient maintenant.
Il ne fallait pas se révolter, rêver, attendre, faire des efforts, s’enfuir, il fallait juste choisir attentivement (le garçon attendait), serait-ce une grenadine ou un café? crème ou nature? en acceptant modestement de vivre - ici ou là - et de laisser passer le temps.

(Tropisme XVI, pp. 99-100)

ex:
Nathalie Sarraute: Tropismes
Les Éditions de Minuit, Paris 1957

Werk und Autorin

[Archiv: Ursprünglich veröffentlicht am 10.08.2008.]

Divertimento ad fontes

October 11th, 2008

La parole distingue l’homme entre les animaux: le langage distingue les nations entr’elles; on ne connoît d’où est un homme qu’après qu’il a parlé. L’usage & le besoin font apprendre à chacun la langue de son pays; mais qu’est-ce qui fait que cette langue est celle de son pays & non pas d’un autre? Il faut bien remonter, pour le dire, à quelque raison qui tienne au local & qui soit antérieure aux mœurs mêmes: la parole étant la premiere institution sociale ne doit sa forme qu’à des causes naturelles.

(Essai sur l’origine des langues, chap. I: Des divers moyens de communiquer nos pensées, p. 296)

ex:
Œuvres de J.J. Rousseau, Tome dix-septieme
Supplement aux œuvres de Jean-Jaques Rousseau [sic!], Tome sixieme
D.J. Changuion et Barthelemy Vlam, Amsterdam 1784

“Essai sur l’origine…” online

[Archiv: Ursprünglich veröffentlicht am 30.07.2008.]